Pepère Berbère
Depuis un an Jérôme est en V.I.E. à Tanger (Maroc). Il a eu le temps de voir pas mal de cailloux dans le pays et notamment en juin dernier, il a fait une première visite de Taghia. Taghia est un petit village berbère d’une centaine d’habitants situé dans le moyen Atlas à 5h de route au nord-est de Marakesh.
Au vue de la description du lieu, je n’ai pas hésité longtemps avant de prendre un billet d’avion pour Tanger.

Un petit ennui technique retarde notre départ à 19h. Du coup nous avons avalé les 10h de route jusqu’à Zaouiat Ahansal de nuit. La piste s’arrête là et il faut abandonner la voiture pour une autre monture…

Un âne. Taghia c’est le bout du monde et il faut 2h de marche pour l’atteindre. Avoir un baudet qui nous porte nos 60kg de bagages c’est aussi bien.

En quittant Zaouiat la piste est encore assez bonne.

Puis la vallée se rétrécit pour devenir un canyon.

Et elle s’ouvre de nouveau sur Taghia. Les premières falaises apparaissent, l’Oujdad, la cascade.

Nous arrivons à Taghia. Quel endroit! C’est magnifique…



Après une première nuit dans le gîte de Saïd, nous voilà frais et motivés pour aller tâter le rocher qui a l’air fantastique.

Pour se mettre en jambes nous nous sommes attaqués à l’arrête nord ouest de l’Oujdad, ouverte par un groupe d’espagnol qui l’ont nommée « Los ratones colorades ». Le rocher moyen au début devient exceptionnel dans la partie haute.

La voie termine sur un contrefort, à partir duquel il reste environ 300m de dénivelé pour atteindre le sommet de l’Oujdad. Le terrain est un mélange dans vires herbeuses et d’arrêtes en 2/3.

L’Oujdad culmine à pas loin de 3000m d’altitude.

Le panorama est incroyable. Les faces visibles de Taghia en cachent encore bien d’autres!!! Le nombre de falaises entre 400 et 800m est énorme.


La voie de chauffe nous a un peu trop chauffés et les premières courbatures sont là. Demain nous passons directement aux choses sérieuses avec les rivières pourpres.

La voie remonte les 600m de la face nord du Taoujdad, dont les 450 premiers mètres sont déversants…
Les 10 premières longueurs sont dans le 7 avec une escalade physique. Le 7b+ en 11ème longueur constitue le crux en de la voie et demande encore beaucoup d’énergie.

Pour se réveiller complètement du départ très matinal, l’approche se fait dans un canyon très sportif où il faut varier les plaisirs entre franchir des pas de 6a, ramper dans des trous poussiéreux et faire de l’équilibre sur des troncs d’arbres coincés.

L’escalade est physique et cela nous va bien.

La fatigue s’insinue petit à petit dans nos avant bras alors que le sol s’éloigne. A ce jeu j’ai un avantage sur Jérôme qui manque un peu de volume ; )
Mes bras ne supporteront néanmoins pas une erreur de lecture en haut de la 11ème longueur. Dommage c’était presque fait.

Les 150 derniers mètres en 6a/6b nous achèvent.

La descente est ponctuée par les bombardements d’un troupeau de biquettes berbères. Nous arrivons épuisés au gite. Un jour de repos s’impose.

La récupération par le tajine.

Après une journée de farniente nous voilà prêts à passer à notre second objectif : l’axe du mal. Le style change radicalement des rivières pourpres avec une escalade en dalle, très technique et bien à pieds. Sur la face ouest du Tamdarate la voie prend le soleil vers midi. Cela veut dire qu’il va falloir partir tôt et grimper vite pour le prendre le plus tard possible. L’objectif c’est de le prendre après les longueurs clefs.
Le réveil sonne à 4h et nous partons comme des fusées pour torcher le plus vite possible les 2h d’approche. Seulement l’itinéraire est difficile à suivre dans la nuit et nous perdons une heure précieuse à courir dans tous les sens.

Ce n’est pas grave le moral reste bon. On attaque la grimpe et les deux premiers 6b+ sont durs. Qu’est ce que ça va être dans les 7c/7c+…

Notre sac de hissage dernière génération des années 80 quelque peu troué laisse sortir la tête d’une bouteille d’eau dont le bouchon se dévisse contre la paroi. Je me prend alors un litre et demi d’eau sur les chaussons. Décidément aujourd’hui tout se passe à merveille.

Le soleil nous rattrape à la 6ème longueur. On se regarde. Bon allez, ça suffit pour aujourd’hui on se tire de là. Quelques rappels plus tard nous sommes au pied de la falaise en train de camoufler notre matos. Demain on revient pour plier cette voie!
Cela nous permet de repasser de jour sur le pont berbère qui met vraiment en confiance! Mama mia…

Le lendemain, la marche d’approche n’a pas le même goût. Pas de sac à dos, les kairns de la veille nous guident comme un GPS (système baptisé « local postioning system » LPS).
Nous avons appris de nos erreurs. Le sac de hissage des années 80 a été remplacé par un Black Diamond tout neuf gracieusement prêté par Martial et Arnaud. Nous avons ramené le poids embarqué au minimum : le hissage dans les dalles est un véritable enfer.

Tout s’enchaîne bien et rapidement jusqu’à la première longueur clef (7b+/7c) qui aura raison de nous deux par un pas de bloc vicelard tout en haut. Ça fait tomber un peu la motivation pour tout donner dans la suite. Le soleil qui nous a maintenant rattrapé n’aide pas. Les pieds gonflent et les doigts transpirent.
La fin est laborieuse mais nous arrivons heureux en haut des 500m de face. L’axe du mal est vaincu.

Après de tels efforts ce n’est pas facile se remotiver pour se mettre à de nouveaux combats. Pourtant il reste tant à faire. On aura finalement plus baladé que grimpé sur la fin du séjour.


Sur la route du retour, on a fait un petit arrêt à Casablanca qui m’a permis de découvrir l’impressionnante mosquée Assan II.

De retour à Tanger nous sommes allés faire un peu de surf et visiter la ville pittoresque d’Assila.


Il y a un peu plus de photos dans la galerie :